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Audit Qualiopi : les erreurs les plus fréquentes des CFA (et comment les éviter)

Découvrez en davantage sur les différents types d'audits Qualiopi et comment éviter les erreurs fréquentes pour un CFA.

Publié le
4/2/26
6 min
Audit Qualiopi : les erreurs les plus fréquentes des CFA (et comment les éviter)

Audit Qualiopi : les erreurs les plus fréquentes des CFA (et comment les éviter)

L’audit Qualiopi fait désormais partie du paysage quotidien des CFA. Qu’il s’agisse de l’audit initial, de l’audit de surveillance ou de l’audit de renouvellement, ces rendez-vous qualité sont devenus des moments structurants mais également souvent stressants (et encore, on ne parle pas des situations où on enchaine avec un contrôle du GIE D2OF et de la DREETS).

Pourtant, dans la grande majorité des cas, les non-conformités relevées ne sont ni liées à un manque de sérieux, ni à un défaut d’engagement pédagogique. Elles proviennent surtout d’un écart entre ce que le CFA fait réellement et ce qu’il est capable de prouver.

Cet article a un objectif simple :

  • Vous aider à identifier les erreurs les plus fréquentes lors d’un audit Qualiopi ;
  • et surtout vous donner des solutions concrètes, applicables immédiatement dans votre organisation

1. Tous les audits Qualiopi ne se ressemblent pas

Avant de parler erreurs, il est essentiel de comprendre que les difficultés varient selon le type d’audit. Et c’est assez logique. Les attentes de l’auditeur ne sont pas les mêmes. Sa compréhension de l’activité et de la structure n’est pas encore forgée. Bref, il est nécessaire de penser sa stratégie en fonction de l’étape concernée.

Audit initial : le piège du “dossier parfait”

Lors de l’audit initial, beaucoup de CFA concentrent leurs efforts sur la production documentaire. Les procédures sont rédigées, les tableaux sont prêts, les modèles sont impeccables. Et c’est évidemment une excellente chose.

Le problème ?
Les équipes, elles, ne sont pas toujours alignées avec ces documents. Car on ne va pas se mentir, il peut arriver qu’on mette à jour certains documents rapidement avant un audit, sans partager la mise à jour, et sans informer l’équipe.

On retrouve donc comme erreurs fréquentes :

  • Les formateurs ne connaissent pas les procédures décrites ;
  • les pratiques réelles diffèrent de ce qui est écrit ;
  • les preuves existent… mais personne ne sait où elles sont.

La difficulté de cette situation se joue sur la crédibilité envers l’auditeur. L’écart entre ce qui est écrit et ce qui est maitrisé l’amène à douter. Comment éviter cela :

  • Tester vos procédures avec les équipes AVANT l’audit ;
  • faire relire les documents par ceux qui appliquent réellement les processus ;
  • simuler des questions d’audit avec les formateurs et le personnel administratif.

Un audit initial réussi ne repose pas sur un classeur parfait, mais sur une cohérence entre discours, documents et pratiques.

Audit de surveillance : l’effet “on est certifié, donc c’est bon”

L’audit de surveillance intervient généralement lorsque la pression est retombée. Et c’est là que les écarts peuvent apparaitre. Les bonnes intentions et les efforts du premier audit ne sont plus au rendez-vous. On a l’impression de savoir faire.

Erreurs fréquentes :

  • Les indicateurs qualité ne sont plus mis à jour régulièrement ;
  • les enquêtes de satisfaction sont collectées mais pas analysées ;
  • les plans d’actions existent… mais ne sont pas suivis.

L’auditeur ne vérifie pas seulement que vous avez mis en place un système qualité. Il vérifie que vous le faites vivre. Et c’est malheureusement assez humain, encore plus dans notre contexte, de se laisser déborder. On n’ignore pas les tâches à effectuer, on repousse simplement les échéances.

Comment éviter cela :

  • Mettre en place une revue qualité annuelle (ou semestrielle si les sujets sont nombreux) formalisée ;
  • planifier dans l’année des points de suivi des indicateurs ;
  • conserver la trace des décisions prises suite aux retours des apprentis et entreprises.

Audit de renouvellement : l’empilement documentaire

À l’approche de l’audit de renouvellement, certains CFA ont accumulé des années de documents. Entre les versions, les formats, les erreurs et les évolutions, c’est tout le système qui est devenu illisible.

L’auditeur est incapable de s’y retrouver, et nous devenons incapables de présenter nos process. Or, c’est normalement tout l’intérêt d’une démarche qualité. Qu’elle soit partageable, puisque c’est l’affaire de tous.

Erreurs fréquentes :

  • Plusieurs versions d’une même procédure circulent ;
  • des documents obsolètes sont encore utilisés ;
  • les pratiques ont évolué, mais les procédures non.

Comment éviter cela :

  • Faire un tri documentaire 6 à 9 mois avant l’audit (et pas la veille) ;
  • archiver plutôt qu’ajouter ;
  • mettre à jour les procédures à partir des pratiques actuelles, pas de celles d’il y a trois ans.

Un audit de renouvellement réussi repose sur un système clair, simplifié et à jour. 

2. Les erreurs les plus fréquentes lors d’un audit Qualiopi (et leurs solutions)

Entrons maintenant dans le cœur du sujet. Car peu importe le type d’audit, certaines erreurs reviennent constamment. On vous propose notre top 6 (plus original et plus complet qu’un top 3 qu’on voit trop souvent).

Erreur n°1 : Des preuves… mais introuvables

Les CFA ont de nombreuses obligations (14 d’après l’article L6231-2, mais bien plus en réalité) : suivi des apprentis, échanges avec les entreprises, ajustements pédagogiques, facturation, prévention des ruptures, enquêtes post contrat... 

Mais au moment de l’audit, impossible de retrouver la trace de tout ce qui est fait. 

Pourquoi c’est un problème :
En audit Qualiopi, une action non tracée est considérée comme non réalisée. C’est aussi simple que ça. La parole de l’audité n’est pas suffisante.

Comment remédier à cela :

  • Centraliser les documents dans un espace partagé (comprendre : chacun n’enregistre pas sur son propre bureau ses documents) ;
  • définir une arborescence documentaire unique et connue de tous ;
  • utiliser des règles de nommage claires (ex “Date_NomApprenti_CR_visite_entreprise”).

Erreur n°2 : Des procédures qui ne reflètent pas la réalité

Beaucoup de CFA utilisent des modèles lors de la préparation à Qualiopi. C’est normal. Et c’est même souvent une bonne idée, à condition toutefois d’utiliser des modèles officiels. Néanmoins, un risque apparaît quand ces modèles ne correspondent pas au fonctionnement réel.

Pourquoi c’est un problème :
L’auditeur compare les procédures à la réalité du terrain. Le moindre écart fragilise la crédibilité du système. Il ne veut pas simplement la bonne réponse en théorie. Car nous sommes tous d’accord pour dire qu’en théorie tout se passe bien. Mais nous ne travaillons pas en théorie.

Comment éviter cette erreur :

  • Réécrire les modèles de procédures à partir des pratiques existantes ;
  • interroger les équipes : “Comment fais-tu concrètement ?” ;
  • privilégier des procédures simples, opérationnelles, compréhensibles.

Erreur n°3 : Une équipe mal préparée à l’audit

Le référent qualité est prêt. La direction aussi. On a même prévu les croissants pour faire un bon accueil. Mais les formateurs ou assistants pédagogiques sont pris de court et ne sont pas préparés.

Pourquoi c’est un problème :
L’audit Qualiopi évalue l’organisation dans son ensemble, pas uniquement les compétences du référent qualité. De la même manière qu’une incohérence dans les documents, des discours différents parmi les acteurs du CFA feront douter l’auditeur. Par ailleurs, la présence de la direction du CFA lors de l’audit tend à devenir un point de vigilance majeur. Cela envoie un signal clair : la qualité n’est plus seulement une affaire de référent Qualiopi, mais bien un sujet de gouvernance et de pilotage stratégique.

Comment éviter cette erreur :

  • Organiser un briefing collectif avant l’audit et le rendre obligatoire ;
  • expliquer ce qu’est un audit et ce que l’auditeur peut demander ;
  • fournir une fiche mémo avec les sujets clés : positionnement, suivi, évaluation, accompagnement.

Un conseil bonus : ne jamais arrêter d’inclure l’ensemble des parties prenantes dans l’évolution des process qualité. Si les formateurs ne sont impliqués que dans les semaines qui précèdent l’audit, ça ne fonctionnera pas.

Erreur n°4 : Le suivi des apprentis insuffisamment tracé

Les CFA accompagnent beaucoup, mais ont la fâcheuse tendance à peu formaliser. Les échanges téléphoniques, les ajustements pédagogiques, les alertes précoces restent souvent informels. Pourtant, tout le travail est fait. Bien fait même. Mais aucune trace…

Pourquoi c’est un problème :
Le référentiel Qualiopi exige la preuve d’un accompagnement individualisé. Et ça le sera de plus en plus.

Comment éviter cette erreur :

  • Utiliser un modèle simple de compte rendu d’entretien ;
  • mettre en place un journal de suivi partagé ;
  • tracer les échanges importants avec les entreprises.

Il suffit d’un mail commençant par « comme échangé à l’instant au téléphone » et c’est bon. Cerise sur le gâteau, s’il s’agit d’un échange en visio, on peut télécharger le transcript directement et gagner du temps.

Erreur n°5 : Les retours ne sont pas exploités

Enquêtes de satisfaction : faites.
Taux de rupture : connus.
Analyse : euh……

Pourquoi c’est un problème :
L’auditeur cherche la logique d’amélioration continue. Accumuler de la donnée ne fera jamais de vous un bon CFA. Si cette donnée n’est pas pertinente, contextualisée, exploitée, elle ne sert à rien. Pire, elle peut brouiller les prises de décisions en étant mal interprétée.

Comment éviter cette erreur :

  • Réaliser une analyse pratique des retours ;
  • identifier 2 ou 3 axes d’amélioration prioritaires ;
  • formaliser un plan d’actions et suivre sa mise en œuvre.

Le suivi de la mise en œuvre est un élément clé ici. C’est une dernière étape essentielle si on ne veut pas se retrouver avec des analyses dans tous les sens qui ne font l’objet d’aucune action concrète.

Erreur n°6 : Les sous-traitants mal intégrés au système qualité

Intervenants extérieurs, plateaux techniques partenaires, formateurs vacataires. Ce n’est pas parce que ce n’est pas directement le CFA qu’on peut se permettre de regarder ailleurs.

Pourquoi c’est un problème :
Le CFA reste responsable de la qualité des prestations réalisées en son nom.

Comment éviter cette erreur :

  • Formaliser un processus de sélection et d’évaluation ;
  • intégrer des exigences qualité dans les conventions ;
  • conserver les preuves d’échanges et de suivi.

Les exigences en matière de sous-traitance se sont fortement renforcées dans les dernières versions du guide de lecture. Les auditeurs sont vigilants et regardent de près cette partie. Ne vous laissez pas surprendre.

3. Audit à distance : des erreurs spécifiques à anticiper

Il semblait important de revenir sur cette modalité, tant l’audit à distance est devenu courant. Il faut garder en tête qu’il change la logistique, mais pas les exigences.

Erreurs fréquentes :

  • Documents envoyés en vrac à l’auditeur ;
  • temps perdu à chercher les fichiers pendant l’audit ;
  • problèmes techniques non anticipés.

Bonnes pratiques :

  • Préparer un dossier numérique structuré à l’avance ;
  • tester les outils de visioconférence et de partage d’écran ;
  • prévoir un ordre de présentation des documents.

L’importance de l’anticipation et de l’organisation nécessaire à la réussite d’un audit est décuplée dans le cas d’un audit à distance. Tous les conseils précédents sont évidemment valables.

4. L’audit à blanc : un levier encore sous-utilisé

L’audit à blanc est l’un des meilleurs moyens d’éviter les mauvaises surprises. Bien sûr, il est possible pour le référent qualité de préparer l’audit dans son coin. Evidemment, il est possible de faire une présentation collective du déroulement de l’audit et des attendus. Mais rien ne remplacera véritablement le test grandeur nature.

À quoi il sert réellement :

  • Tester la cohérence entre discours et preuves ;
  • repérer les écarts invisibles au quotidien ;
  • préparer les équipes à répondre aux questions.

Il y a tout de même des conditions pour qu’il soit utile. C’est un excellent outil, mais ce n’est pas non plus une baguette magique. 

  • Ne pas se limiter à vérifier des documents ;
  • simuler de vrais entretiens ;
  • aboutir à un plan d’actions priorisé.

Un audit à blanc n’est pas un contrôle de plus. C’est un outil de préparation stratégique, partagé, et suivi d’actions concrètes.

5. Checklist pratique avant un audit Qualiopi

Pour résumer, voici une base simple à adapter à votre organisation.

Organisation documentaire

  • Procédures à jour ;
  • versions obsolètes archivées ;
  • arborescence claire.

Dossiers apprenants

  • Positionnement tracé ;
  • suivi individualisé documenté ;
  • évaluations archivées.

Équipe préparée

  • Rôles expliqués ;
  • brief collectif réalisé ;
  • documents clés connus.

Indicateurs qualité

  • Enquêtes analysées ;
  • taux de rupture suivis ;
  • actions d’amélioration tracées.

Sous-traitance

  • Conventions à jour ;
  • évaluations formalisées ;
  • suivi prouvé.

Conclusion : l’audit Qualiopi, un outil de pilotage avant d’être un contrôle

Un audit Qualiopi ne devrait jamais être vécu comme un simple examen à passer. Lorsqu’il est bien préparé, il devient un révélateur précieux de la solidité de votre organisation, et des axes d’amélioration.

Les erreurs les plus fréquentes ne traduisent pas un manque de professionnalisme. Elles révèlent surtout :

  • Un manque de formalisation ;
  • une traçabilité insuffisante ;
  • un système qualité qui ne vit pas toute l’année.

En travaillant sur ces points, le CFA ne se contente pas de sécuriser son audit de surveillance ou son audit de renouvellement. Il améliore concrètement l’accompagnement des apprentis et la qualité de ses relations avec les entreprises.

C’est d’ailleurs tout l’enjeu des évolutions à venir du guide de lecture. Car oui, l'actualité va clairement dans le sens d’une exigence accrue. Sous l’impulsion des pouvoirs publics et avec le rôle de pilotage de France compétences, les contrôles qualité se renforcent progressivement dans le secteur de la formation et de l’apprentissage. On ne parle plus ici que de Qualiopi, mais également des contrôles du GIE D2OF, de la DREETS ou, en fonction des certifications concernées, des contrôles de la CTI ou de la MCPFA. 

Dans ce contexte, anticiper, structurer et faire vivre son système qualité tout au long de l’année n’est plus seulement une bonne pratique. C’est une condition essentielle pour aborder sereinement chaque audit.